Jean-Louis Aubert dit tout avant son concert de Forest National

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Le chanteur revient sur son nouvel album "Refuge" et explique pourquoi il se démultiplie dans sa tournée Olo Tour qui passe par Bruxelles ce 3 mars avant de nous revenir aux Solidarités.

Si Jean-Louis Aubert est toujours resté en mouvement ces dernières années, cela faisait pourtant quasi une décennie (l’album "Roc Éclair" en 2010) qu’il n’avait plus proposé de morceaux réellement nouveaux. C’est désormais enfin chose faite avec “Refuge”, copieux recueil de vingt-deux chansons paru en novembre dernier et défendu actuellement sur scène.

Pour sa tournée Olo Tour, qui passe ce mardi 3 mars à Forest et nous reviendra aux Solidarités de Namur le 28 août, Aubert est seul sur scène mais accompagné d’hologrammes de lui-même. Un procédé ingénieux mis au point par l’informaticien Sébastien Mizermont. “Cette tournée, c’est un peu la rencontre des mathématiques et de la rêverie, explique le chanteur. Voici quinze ans, j’avais lu un livre de science-fiction où un chanteur jouait avec un groupe composé d’avatars de lui-même. J’ai cherché un procédé qui me permettait d’utiliser cette technologie et finalement je suis tombé sur Sébastien, un spécialiste des hologrammes, qui habite quasi en bas de chez moi. Sur scène, tout est contrôlé en temps réel, rien n’est figé. Je peux improviser et me démultiplier comme je le veux.”

Ligne de vie

Décrit par son auteur comme “un album sur la ligne de vie parlant de choses intérieures qui nous permettent d’avancer”, “Refuge” affiche, pour sa part, un ton résolument positif et une belle palette sonore organique. Les ballades entonnées d’une voix fraternelle (Ne m’enferme pas, Demain, Tire d’aile, Sculpteur de vent) y côtoient du bon vieux rock and roll hexagonal comme on l’aime (Tu vas l’aimer, Marche droit ”) et même à l’occasion reggae (Refuge). “J’ai souvent choisi de prendre des tangentes et des diagonales dans mon parcours artistique. Quoiqu’il m’est aussi arrivé d’aller en sens inverse. Mais au fond, je me rends compte que tous ces trajets ne m’ont finalement pas tellement éloigné de moi-même”.


Votre nouvel album s’ouvre sur Ne m’enferme pas, l’une de vos toutes premières chansons écrite en 1974. Dans quel contexte est-elle née?
Je me revois interpréter cette chanson devant mes potes à Paris. C’était peu après mon voyage initiatique aux États-Unis où je vivais comme un clochard, en jouant de la guitare sur Hollywood Boulevard, et quelques mois avant la formation de Téléphone. Il y avait mon prénom “Jean-Louis” dans le refrain de Ne m’enferme pas et je ne me voyais pas proposer ce morceau à Téléphone, ça n’aurait pas fonctionné. “Trop d’ego”, ils auraient dit à raison. Elle n’a jamais trouvé sa place sur un de mes disques solo et puis, lorsque je l’ai réécoutée l’année dernière, je me suis rendu compte qu’elle correspondait davantage à un artiste de l’âge que j’ai aujourd’hui (il a 64 ans - NDLR) qu’au mec de dix-neuf piges qui l’a écrite. J’ai l’impression qu’il y a toujours une sorte de voix enfantine qui continue à résonner en moi. C’est peut-être effectivement là que se trouve le refuge qui donne son titre à l’album. Se dire finalement que rien n’a changé et qu’on finit toujours par revenir au point de départ.


Quel fil relie les vingt-deux chansons  de "Refuge" entre elles?
Comme sur beaucoup de mes disques, il est question dans “Refuge” d’amour, d’amitié, de bonheur, d’enfance et d’âme, même si ce dernier mot est tombé en désuétude. Si je pense que “Refuge” est un album sur la ligne de vie, c’est parce que, tout en évoquant le passé et le futur, je me rends compte que je n’échappe pas à la vraie discussion qui doit se faire au présent.

Le ton de l’album est résolument positif. C’est votre nature?
Oui, je suis profondément optimiste. Pour moi, pour les autres, pour le monde. Je suis un mec plutôt heureux, mais soucieux aussi car j’ai tendance à anticiper et à vivre les choses à l’avance. 

Sur cet album vous rêvez de détruire le malheur. Vaste chantier. Par où commenceriez-vous? 
Je commencerais par retirer beaucoup de choses qu’on nous inculque à l’enfance. La manière dont on élève les enfants dans l’esprit de compétition, l’obligation de résultat, la peur, la pression ne font naître que de la frustration. Et si vous démarrez de cette façon dans la vie, votre image du monde en sera alternée durant toute votre existence. J’ai aussi en horreur cette notion de “respect” en culture. Le respect tue la culture. Quand on vous dit que le jazz, c’est un truc de puristes ou que Rimbaud est un classique que vous êtes obligé d’apprendre “sinon gare”, vous allez trouver ça chiant. Le jazz, à la base, c’était une musique populaire pour faire la fête. Rimbaud, c’était un petit punk avant l’heure qui n’en avait rien à foutre de personne.

Dès les débuts de Téléphone, on vous a collé l’étiquette de “chanteur naïf”. Cela vous dérange?
Je revendique cette attitude d’ado avec tout ce que cela sous-entend comme part d’innocence. Quand j’observe les autres, je me dis que je ne suis pas plus naïf que certains savants, chanteurs ou hommes politiques. Au cours de la dernière campagne présidentielle française, Mélenchon a fait une affiche où il rêvait d’”un autre monde” (allusion à la chanson Un autre monde de Téléphone - NDLR). Ce n’est ni le premier ni le dernier. Tout le monde rêve d’un autre monde. Est-ce que c’est de la naïveté, je ne le pense pas.

Votre amitié avec Michel Houellebecq et l’album “Les parages du vide” où vous mettiez en musique ses poèmes ont-ils changé votre manière d’écrire?
Non. Je ne me compare pas à Houellebecq. Moi, je ne fais pas de la poésie, je fais des chansons. heureux.

Si vous n’êtes pas poète, vous êtes quoi?
Dans “Refuge”, il y a cette chanson qui s’intitule Sculpteur de vent. J’aime cette image. C’est la meilleure définition de ce que je suis. Le cinéma, la littérature, la peinture impliquent une démarche volontaire pour celui qui veut les découvrir. Il faut aller vers ces disciplines culturelles. Une chanson, par contre, elle peut vous prendre n’importe où. Dans la rue, dans un embouteillage, au resto, par une fenêtre ouverte. Elle arrive comme le vent et elle s’incruste. La musique, c’est le premier des arts.

Croyez-vous encore au pouvoir d’une chanson?
“Pouvoir” est un grand mot. Mais je n’ai pas besoin de porter des lunettes de soleil dans la rue pour me faire accoster. Les gens me considèrent comme un ami . Ils me disent que certaines de mes chansons ont accompagné leurs “premières libertés”. Plus une chanson est universelle, plus elle a cette capacité à devenir intime pour les gens. Et le sens de la chanson peut changer. J’ai vu récemment un reportage sur la création de la chanson We Are The Champions de Queen. On la chante dans tous les stades, elle est synonyme de victoire. Pourtant, quand Freddie Mercury l’a écrite, il trouvait que les paroles étaient tristes.

Quelles sont les musiques que vous réécoutez pour vous rappeler que vous faites le plus beau métier du monde?
Je reviens toujours aux Beatles. Leur album “A Hard Day’s Night” que j’ai découvert en 1964 reste ancré en moi. Quand j’en ai marre des Beatles, je passe aux Rolling Stones. Ce sont mes Mozart à moi. J’ai aussi toujours adoré le reggae. Il y a pas mal d’influences reggae sur “Refuge”.

En concert le 3 mars à Forest National, Bruxelles. Le 28 août aux Solidarités. 

 

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