On a aimé "La bonne épouse"

Teaser

Épopée ménagère au féminisme joyeux portée par un trio d’actrices engagées, Binoche en tête.

Dans ses films, la cinéaste Agnès Varda prônait un féminisme “joyeux” qui cachait en réalité bien des colères, comme la lutte pour l’avortement dans L’une chante, l’autre pas (1977). Reprenant cet esprit chantant, le réalisateur Martin Provost a imaginé l’histoire d’une école ménagère alsacienne à l’aube de la révolution de 1968, menée tambour battant par trois femmes qui s’émancipent peu à peu de leur condition. Toujours surprenante dans le registre comique (qu’elle manie depuis Ma Loute), Juliette Binoche interprète la directrice de l’école qui va devoir se frotter au monde à la mort de son époux, aux côtés de Noémie Lvovsky inénarrable en bonne sœur cerbère des pensionnaires et de Yolande Moreau grandiose en prof de cuisine fan d’Adamo (l’actrice signe ici ses retrouvailles avec Martin Provost qui la magnifiait dans des rôles forts, celui de la peintre Séraphine de Senlis puis en femme battue dans Où va la nuit?).

Vous n’imaginez pas à quel point on a ri pendant le tournage. Ce sont des rôles savoureux pour nous trois, mais c’est aussi un vrai travail de jeu, sur le corps notamment”, nous a confié Juliette Binoche aux journées Unifrance à Paris. Contactée par téléphone, Yolande Moreau a rebondi sur l’alchimie contagieuse entre les actrices: Martin a eu l’idée de nous réunir et dès l’écriture, on sentait un féminisme coloré et joyeux qui lui ressemble. Le sujet de la libération des femmes est rarement abordé de front au cinéma et ça me plaisait qu’on raconte leur chemin”.

Provost livre donc une épopée légère au féminisme inoffensif – quid des femmes noires ou des femmes pauvres? – qu’on ne lui reprochera pas ici, et offre quelques scènes d’anthologie rares (Moreau rappelant la grâce maladroite d’Alice Sapritch, dansant sur Tombe la neige d’Adamo ou débitant la recette du lapin chasseur; Lvovsky prête à sortir la carabine pour garder ses filles) et une évolution plus romanesque du personnage de Juliette Binoche, d’abord corseté par le maintien de la bonne épouse qui se doit d’être “parfaite” et finit par porter le pantalon et embrasser sa liberté (dans les bras d’Édouard Baer mais pas seulement). On prend un vrai plaisir à regarder l’actrice jouer avec les stéréotypes féminins patriarcaux (plaçant ses mains comme dans les catalogues féminins pré-68 glorifiant la ménagère), s’ouvrir au plaisir et s’émanciper à la vitesse grand V jusqu’à un final chanté dont on vous laisse découvrir la savoureuse teneur.

 

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