Savonnons-nous

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Le bon sens écologique ou les questions de santé ont favorisé le retour de cette bonne vieille savonnette. Cela méritait qu’on se penche sur ses secrets de fabrication.

Certains irréductibles n’ont jamais troqué le rectangle de glycérine contre un flacon plastique de produit lavant liquide. Les autres ne l’utilisent plus depuis longtemps, relégué dans les grandes surfaces aux bas étages du rayon soin-hygiène, moins coloré, moins fruité, moins parfumé que les gels douche parés de mille vertus, lavant corps, visage, cheveux et tout le reste, comme dans la pub parodique “Mon Kuntz, made in Groland, gel douche 9 en 1”. Mais les pains de savon, qu’ils soient estampillés dermatologiques, naturels, au beurre de karité, aux huiles essentielles, ou simplement très esthétiquement packagés, remplissent à nouveau les étals des boutiques alternatives ou de luxe.

Le retour du savon?

“Un snobisme élégant et abordable” titrait un grand hebdomadaire français. Pas sûr. Pourquoi le savon en dur détrône-t-il le fameux gel? Parce que c’était mieux avant? Un peu, oui. Les gels douche vendus en grandes surfaces contiennent des dérivés pétrochimiques (huiles minérales, silicones synthétiques, polymères ou parabènes, ces conservateurs chargés de détruire bactéries, moisissures et autres champignons qui peuvent se développer dans toute formulation où figure le couple eau-huile), nocifs pour la santé en cas d’exposition fréquente, comme le dénonçait déjà en 2005 une émission d’Envoyé spécial qui fit date. Ces substances nuisent de plus à l’environnement: elles passent sans se dégrader dans les eaux usées et polluent les milieux aquatiques. Sans parler de la fameuse huile de palme et de l’impact catastrophique de sa production en termes de déforestation, mais sur laquelle les fabricants se ruent en raison de son bas coût. Pourtant, “n’importe quel savon naturel, en version solide, est plus doux pour la peau que la version en gel”, explique Luna, responsable communication chez Belle- Bulle, une petite structure fondée en 2012, commercialisant une gamme de savons naturels, plus nourrissants, moins asséchants, simplement parce qu’ils contiennent moins d’eau. “Les savons industriels sentent plus, moussent plus, mais leurs composants synthétiques n’ont aucune valeur ajoutée pour la peau.” Isabelle Roux, fondatrice de BelleBulle, ingénieure agronome et mère de filles aux peaux réactives, a développé des savons adaptés aux peaux les plus  sensibles, avec l’envie de revenir au naturel, d’utiliser uniquement des huiles et des beurres végétaux biologiques. “Fabriquer du savon n’est pas compliqué”
concède Luna. L’apport des petits labels artisans? “Les ingrédients de premier choix et les huiles les plus vierges, riches en propriétés”, conservées par la méthode de saponification à froid. Lorsque le mélange des matières grasses de base chauffe, il perd ses propriétés actives. Autre avantage: le processus traditionnel consomme moins d’énergie. Comment reconnaître ce graal authentique? Le saponifié à froid, au toucher, donne une sensation plus grasse, une texture moins homogène. Il se présente généralement sous une forme rectangulaire, découpée manuellement. L’acheteur de ce type de produit est soit sensibilisé à l’écologie ou y arrive à cause de problèmes de santé, cherchant une solution à des problèmes de peau, comme de l’eczéma plus ou moins sévère…. “Avec des résultats parfois étonnants” se réjouit Luna. À chaque type de peau correspond une formule, une synergie d’huiles qui s’ajoutent à la base de beurre de coco et karité.

Dans la famille solide, je choisis…

Le prix d’un savon naturel oscille entre 4 et 7 euros, suivant les huiles utilisées. Un savon de grande surface, au hasard un Sunlight, coûte 2,79 euros. Dans la liste des composants: huile de palme, conservateurs et un acide toxique et polluant: pas naturelle pour un sou, la bonne vieille marque. Ce qui se cache dans les compositions se révèle sur le site “La vérité sur les cosmétiques”, dont la fondatrice allemande, Rita Stiens, a publié, en 2001 déjà, un livre traduit en 4 langues (www.laveritesurlescosmetiques.com). Chaque mois, une analyse détaillée d’un produit traduit ces étiquettes minuscules, qui pourraient tout aussi bien être rédigées en chinois: gels douche, mais aussi crèmes de grandes marques ou de labels naturels, comme une cold cream Mixa Bébé, une gelée hydratante “Éclat d’abricot” du Petit Marseillais ou encore un fond de teint “Forever Undercover” de Dior… Les résultats sont édifiants. Une mine indépendante d’informations pour qui se soucie de ce qu’il ou elle met sur sa peau, le plus grand organe du corps humain. On l’aura compris, le savon saponifié à froid nourrit en plus de nettoyer. Mais il fond, se plaignent certains: il faut le faire sécher, sinon, exposé à l’humidité, le beurre solidifié, saponifié à froid, fond. Au contraire des savons d’Alep (marque déposée) ou de Marseille (non déposée) fabriqués à chaud. Et puis qui peut s’offrir au quotidien des savons à 5 ou 7 euros? Luna propose un raisonnement différent: “plus on utilise le savon qui convient à son type de peau, moins on a besoin d’autres cosmétiques”, dans un marché qui s’ingénie pourtant à tout compartimenter.

 

 

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