Le confinement mondial, une mesure prévue dès 2003 par Marc Moulin

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Depuis 24 heures, circule sur les réseaux sociaux une prédiction hallucinante. Tout ce qui nous arrive est là, précisément décrit il y a près de vingt ans par le musicien et homme de radio dans une chronique pour notre magazine Moustique.

Si le monde était bien fait, ou en tout cas rétabli, ce 7 mai, le Théâtre de la Toison d’Or à Bruxelles vivrait la première de Marc Moulin se moque du monde, spectacle monté à partir des Humœurs que, pendant douze ans, il a publiées chaque semaine dans Moustique (alors encore Télémoustique). En attendant la levée du confinement, on peut déjà savourer ce texte retrouvé par Olivier Monssens en construisant la pièce hommage à Marc Moulin, disparu en septembre 2008. Nous le reproduisons sans changer un mot et avec l’illustration d’origine du fidèle Pierre Kroll. Il s’intitule Vers la civilisation du couvre-feu et date, c’est à peine croyable, du 27 avril 2003…

« Je nous vois déjà dans 20 ans. Tous enfermés chez nous. Claquemurés (j’adore ce verbe, et ce n’est pas tous les jours qu’on peut le sortir pour lui faire faire un petit tour). Les épidémies se seront multipliées: pneumopathie atypique, peste aviaire, et toutes les nouvelles maladies. Et l’unique manière d’y échapper sera de rester chez soi. Et puis il y aura toujours plus de menaces extérieures: insécurité, vols, attaques, rapts et agressions — puisqu’on aura continué de s’acharner sur les (justes) punitions en négligeant les (vraies) causes. Et le terrorisme, avec les erreurs à répétition des Américains, sera potentiellement à tous les coins de rues. La vie de « nouveaux prisonniers » que nous mènerons alors sera non seulement préconisée, mais parfaitement possible, et même en grande partie très agréable. Grâce au télé-travail qui nous permettra de bosser à la maison tout en gardant les enfants (qui eux-mêmes suivront l’école en vidéo-conférence). Grâce à Internet qui nous épargnera bien des déplacements: on n’aura plus besoin ni de poster les lettres, ni d’acheter un journal «physique», ni d’aller faire la file dans les administrations. (…). Dans les rues, il ne restera plus que des chiens masqués qui font seuls leur petite promenade (pas de problème, sans voitures), et du personnel immigré sous-payé en combinaison étanche, qui s’occupera de l’entretien des sols et des arbres. D’autres s’occuperont de la livraison de notre caddy de commandes à domicile.

Alors nous aurons enfin accompli le dessein de Big Brother. Nous serons des citoyens disciplinés, inoffensifs, confinés, désocialisés. Nous serons chacun dans notre boîte. Un immense contingent de «je», consommateurs inertes. Finie l’agitation. Finie la rue.»

Stupéfiant, n’est-il pas? Et ce n’est pas l’effet du hasard. Le même homme, peut-être pourrait-on écrire le « grand homme », avait aussi annoncé la crise financière avant qu’on la subisse, célébré les analyses de Thomas Piketty avant qu’on les lise et ri des rasoirs multi-lames avant qu’on les achète. A côté de ses dons musicaux, Marc Moulin fut un sacré auteur (La surenchère, A la recherche du bémol).  Il ne s’est pas contenté d’observer et de rester informé. A partir de ces données, il a réfléchi et déduit… Quand on a démonté et bien compris les rouages du système, parier sur l’avenir revient souvent  à prévoir le pire. Le moins qu’on puisse écrire, c’est qu’il n’a pas été démenti. Allez, une dernière preuve pour la route et l’inévitable prolifération des dos-d’âne:  «le casse-vitesse est là parce qu’un grand nombre d’entre nous ne respectent la vie que quand ils risquent d’abîmer leur suspension».

 

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