Coronavirus: la piste de la mutation fait son retour

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Plusieurs décès ont été constatés chez des patients jeunes ces derniers jours. Alors que ces cas sont rares, mais interpellants, la question de la mutation du coronavirus revient à nouveau sur le tapis. Mais rendrait-elle pour autant le virus plus agressif ?

En Belgique, une infirmière de 30 ans, sans antécédents médicaux, est décédée du coronavirus. En France, la plus jeune victime de la pandémie est une adolescente de 16 ans qui avait ressenti une simple toux une semaine avant son décès. Aux États-Unis, un nourrisson de moins d’un an aurait succombé à la maladie, pourtant réputée toucher principalement les personnes âgées ou vulnérables. Rares, ces décès chez des patients jeunes ou en bonne santé interpellent et soulèvent une question déjà récurrente en cette pandémie: “le coronavirus aurait-il muté ?”

Très certainement”, pour le virologue François Dufrasne, encore faut-il le prouver et savoir ce qu’est réellement une mutation. “Ce mécanisme est inhérent chez les virus à ARN”, comme le coronavirus actuel. Les mutations sont fréquentes dans le génome de ces virus, mais elles ne signifient pas pour autant qu’elles aient un impact sur la virulence ou le pouvoir de transmission du virus. Que du contraire. “Dans la très grande majorité des cas, soit elles sont délétères pour le virus, qui devient alors non-infectieux, soit elles n’ont pas de conséquences”, explique le chargé de recherche en microbiologie à l’UCLouvain. “Dans une petite proportion des cas, la mutation peut donner un avantage aux virus. Cet avantage peut alors prendre des multiples formes: une meilleure capacité à pouvoir entrer dans les cellules, à contourner le système immunitaire…

Bien que le coronavirus ait un taux de mutation inférieur à certains autres virus à ARN comme, celui de la grippe saisonnière par exemple, “cela n’exclut pas que des souches différentes circulent aujourd’hui dans la population” et que ces dernières aient pu infecter ces patients jeunes et immunocompétents, c'est-à-dire dont le système de défense est efficace. C’est l’option la plus probable pour l’expert. “S’il y a des jeunes qui décèdent du SARS-CoV-2, il est probable que ce soit à cause d’une (ou des) mutation(s) du virus, même s’il faut encore le prouver avec des tests fonctionnels in vitro ou au moyen du séquençage qui n'en est qu'à ses premiers balbutiements concernant ce virus. “C’est ce que l’on remarque en tout cas le plus souvent dans les autres infections virales par les virus à ARN”, déclare le virologue afin de justifier son hypothèse, avant d’ajouter: “statistiquement, il est peu probable que ces cas de jeunes aient tous le même déficit immunitaire d’origine génétique. Bien que l’hypothèse d’une différence d’efficacité de la réponse immunitaire parmi les personnes infectées par ce virus demeure envisageable, cela reste néanmoins à prouver et il serait également utile de déterminer la nature de ce déficit.”

Très peu de recul

Thomas Michiels, chercheur en virologie moléculaire à l’Institut de Duve, préfère, quant à lui, ne pas s’avancer. “Il n’y a pas d’argument pour l’instant pour penser que les décès chez les jeunes seraient dû à une mutation du virus. Pour cela, il faudra attendre les données de séquençage du génome”, explique le professeur à l’UCLouvain. “Il y a pas mal d’équipes qui travaillent dessus, mais premièrement, ce n’est pas la priorité pour le moment, deuxièmement, il faut du temps”. Les deux experts s’accordent sur ce point. Il est encore trop tôt pour l’affirmer. Thomas Michiels est déjà impressionné par la vitesse à laquelle la crise a été étudiée. “Quand le sida est apparu, il a fallu à peu près deux ans entre le moment où on a détecté une nouvelle maladie et le moment où on a pu identifier son agent causal, le virus. Ici, on ne partait pas de rien, le Sars nous a mis sur la piste, mais cela reste tout de même impressionnant”, applaudit le chercheur. “On a très très peu de recul sur ce virus”, admet aussi François Dufrasne, rappelant que “seulement trois mois” se sont écoulés depuis sa découverte. L’étude du Covid-19 ne fait que commencer.

 

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